Thursday, December 26, 2013

L'HYPOCRISIE ISRAÉLIENNE SUR LES ARMES NUCLÉAIRES NE CONNAÎT PAS DE FRONTIÈRES

DES ACTIVISTES ET DES PARLEMENTAIRES ISRAÉLIENS DISCUTENT ENSEMBLE SUR LE DÉSARMEMENT NUCLÉAIRE EN ISRAËL



Les 5 et 6 décembre, 2013 des organisations palestiniennes, israéliennes et internationales se sont réunis avec les anciens et actuels membres du parlement israélien (Knesset), à Haïfa et Ramallah, pour discuter ensemble sur un Moyen-Orient exempt d'armes de destruction massive. C'était la première fois que cela s'est produit en Israël.

En 2010, l'Assemblée générale des Nations Unies a demandé à l'unanimité d’organiser une conférence à Helsinki pour établir une zone exempte d'armes nucléaires au Moyen-Orient. Ces zones existent partout dans le monde, comme en Amérique latine et centrale et dans les Caraïbes (1). Cet appel en 2010 était la dernière d'une longue série. Plusieurs fois, le même appel a été lancé à la suite des conférences sur le TNP (Traité de non prolifération) (2).

Les temps changent

La conférence d'Helsinki était prévue pour la fin 2012. Quelques mois avant la date d’expiration, en novembre 2012, la conférence a dû être annulée par les États-Unis qui n’en voyaient plus l’intérêt. Tous les pays de la région, à l'exception d’Israël, avaient cependant promis de venir à Helsinki. De nombreuses organisations concernées par le désarmement nucléaire ont quand même rejoint Helsinki. Ils ont affirmé que, si Israël ne voulait pas venir à Helsinki, Helsinki pourrait aller en Israël.
Un an plus tard, le monde a changé. Le 12 septembre 2013 la Syrie a rejoint l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Peu de temps après, on a commencé à préparer la destruction de ses armes chimiques et biologiques. Le 24 novembre, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et l'Allemagne ont conclu un accord avec l'Iran sur le programme nucléaire de ce dernier.
Il était donc grand temps d’amener Helsinki en Israël La préparation de la conférence a été accélérée et a conduit à l'organisation de la «Conférence internationale de Haïfa pour un Moyen-Orient libre d’armes de destruction massive " (“Haifa International Conference for a Middle East Free of Weapons of Mass Destruction") (3).

Hypocrisie israélienne

Le discours d'Israël est plein de contradictions quand il s'agit d'armes nucléaires. C'est comme si l'expression «deux poids, deux mesures" a été inventé dans ce but.
Pendant des années, Israël a insisté sur la menace de l'Iran et son programme nucléaire. Si on regarde un peu en arrière dans l'histoire, nous ne pouvons que conclure que son indignation a été principalement motivée politiquement. Lorsque l'Iran était au début des années 70 un partenaire fiable des États-Unis dans la région, le premier réacteur nucléaire a été construit dans le pays. Personne n'en a parlé. Et déjà en 1958 on a commencé la construction du réacteur de Dimona avec l'aide de la France. En échange, Israël a fourni à la France des informations sur l'Afrique du Nord. Cette information a été utilisée par la France dans la bataille contre le mouvement d'indépendance en Algérie (4).
Israël affirme que les armes nucléaires ne peuvent pas tomber entre les mains des gouvernements non démocratiques (lire iranien). Cependant, Israël peut difficilement être considéré comme une démocratie et évite tout contrôle. Ainsi l’Iran, contrairement à Israël, est devenu membre du Traité de non -prolifération (TNP).
En outre, il suffit de regarder la situation des Palestiniens en Israël et dans les territoires occupés pour voir l'hypocrisie de cet argument. Mais même son propre peuple ne peut pas compter sur un débat démocratique. Jusqu'en 2000, tout débat au parlement israélien sur les armes nucléaires était pratiquement impossible. Jusqu'à la conférence de Haïfa seuls, les stratèges politiques et militaires israéliens ont déterminé la politique israélienne (5).
L'indignation face à la menace potentielle de l'Iran n'est pas plus plausible pour d'autres raisons. Non seulement les services de renseignement des États-Unis et d'Israël prétendent que l'Iran est encore loin d’avoir des armes nucléaires en sa possession, mais en plus Israël est le seul pays dans la région qui en a. Régulièrement Israël envahit les pays voisins (le Liban, 1982 et 2006, la Syrie a été bombardé cinq fois les deux dernières années, Gaza est constamment sous le feu, ...). La plus grande menace dans la région émane donc d'Israël et non pas de l’Iran.
Israël utilise la menace nucléaire de l'Iran pour se présenter comme victime. Cependant, il s'agit d'une tendance dangereuse qui peut conduire à de nouvelles guerres dans la région au lieu de les éviter. Tout le monde se souvient que l’attaque contre l'Irak en 2003 a été accompagnée par de fausses accusations de possession d'armes de destruction massive. Au lieu d’éviter une éventuelle guerre, Israël fait monter la tension, d’où une nouvelle guerre peut éclater.
Israël aime se présenter comme un pionnier écologique. Reboisement (au dessus de villages palestiniens détruits), énergie solaire, fleurir le désert (avec de l'eau du Jourdain supérieur, qui est ainsi rendu indisponible pour la Cisjordanie occupée), une épuration poussée... La centrale nucléaire de Dimona, qui est utilisée exclusivement pour la production d'armes nucléaires, est en contradiction flagrante avec ceci. Tout d'abord, le risque d'une catastrophe nucléaire n'est pas inconcevable. La construction de la centrale de Dimona a commencé en 1958, il y a 55 ans, alors qu’une installation de 40 années est déjà considérée comme vieille. Tout aussi important sont les déchets nucléaires qui sont générés. Là dessus on ne sait pratiquement rien. Témoignages et études indiquent cependant que les déchets sont déversés dans les territoires palestiniens occupés, en particulier au sud d’Hébron (6). Et ceci est une activité très lucrative. Ainsi, le traitement d’un baril de déchets nucléaires coûterait +- 5,000 $, une décharge dans les territoires occupés revient à + / - 20 $.
Israël affirme que les nombreuses guerres qu'il a effectuées sans l'utilisation d'armes nucléaires est une preuve suffisante qu'il, comme la seule démocratie dans la région, peux se restreindre dans l’utilisation des armes nucléaires. Compte tenu des risques liés aux armes nucléaires, comme mentionné ci-dessus, on pourrait considérer cela comme un argument pour se défaire des armes nucléaires et du réacteur nucléaire de Dimona. Si Israël avait des armes nucléaires naturellement.

Israël est la sixième force nucléaire au monde (7)

Le 5 octobre 1986, le Sunday Times révélait sur base d'interviews et de photos de Mordechai Vanunu, technicien ayant travaillé plusieurs années dans le réacteur nucléaire israélien de Dimona (8), qu'Israël a probablement plus de 100 armes nucléaires. Vanunu a révélé que le réacteur nucléaire de Dimona servait à la production d'armes nucléaires (9). Et cela ne devrait pas surprendre puisque Israël n'utilise pas l'énergie nucléaire pour son approvisionnement en énergie. Il a payé un prix très lourd pour son indiscrétion. Vanunu a été condamné à 18 ans de prison et encore aujourd'hui il lui est interdit de parler à la presse ou de quitter le pays. Le périodique allemand Der Spiegel aussi déclare qu’Israël dispose d’armes nucléaires. Le pays a acheté des sous-marins allemands qui peuvent être équipés de ces armes (10).
Toutefois, Israël maintient le silence quand il s'agit de ses armes nucléaires. Comme en Belgique, leur présence n’est ni confirmée ni niée.

Et la Belgique ?

La Belgique apparaît dans la liste des pays qui héberge des armes nucléaires. Et en Belgique aussi ​​un débat démocratique est impossible. Les démocraties occidentales sont spécialisées dans des accords secrets où le public n'a rien à dire.
C‘est ainsi que l’on discutera en Belgique sur la modernisation des armes nucléaires B-61 aujourd'hui stockées à Kleine Brogel, mais il est hautement improbable que les Belges auront leur mot à dire.
Et nous ne parlons pas encore du coût que cela implique. Le coût de la modernisation des armes nucléaires est totalement inconnu et on ne saurait que deviner le coût de l'entretien et le stockage de ces armes. Et si une catastrophe nucléaire survenait?
Mais en plus du coût de ces armes, il y a aussi les frais pour l'achat de nouveaux avions de combat. Ceux-ci devront remplacer le F-16, car il n'est pas capable de transporter les nouvelles armes nucléaires et de les larguer. Tout indique que la Belgique prépare l'achat de 40 Joint Strike Fighters (le F-35 ou JSF) (11). Basé sur les chiffres des Pays-Bas, ceux-ci coûteraient minimum € 125.000.000, ou jusqu'à 5 milliards d' euro que nous devrons cracher en temps de crise.

En conclusion

Les armes nucléaires sont une menace pour le monde et ses habitants. Non seulement leur utilisation en temps de guerre peut avoir des conséquences désastreuses et menacer la vie à l'échelle mondiale, mais la présence même d'armes pose un risque majeur.
On doit donc se féliciter que lors de la conférence à Haïfa une coalition israélienne s’est formée pour un Moyen-Orient libre d'armes de destruction massive. Cette coalition israélienne rejoint ainsi les Hibakushas, les survivants d'Hiroshima et de Nagasaki. Les derniers survivants parmi eux veulent encore eux-mêmes vivre dans un monde libre d'armes nucléaires et visent pour ça l’année 2020.

Traduit par: 
 Hubert Hedebouw & Michèle Florquin

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